Au Panama, la pollera n’est pas simplement un costume traditionnel que l’on sort pour les grandes occasions. C’est une fierté nationale, un héritage vivant, presque un état d’esprit. Comprendre la pollera, c’est entrer un peu dans l’âme du pays et montrer un véritable intérêt pour la culture panaméenne, un détail qui touche toujours beaucoup les locaux.

Une histoire entre héritage et métissage

L’histoire de la pollera panaméenne remonte aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles. À l’origine, elle s’inspire des jupes amples portées par les femmes espagnoles arrivées avec les conquistadors. Avec le temps, ce vêtement européen s’est transformé, enrichi par les influences indigènes et africaines, jusqu’à devenir le costume emblématique que l’on connaît aujourd’hui.

De simple tenue du quotidien, la pollera est peu à peu devenue un symbole de fierté nationale, portée lors des grandes célébrations, fêtes patronales et événements culturels. Elle est particulièrement mise à l’honneur chaque mois de janvier lors du célèbre Défilé des Mille Polleras, à Las Tablas dans la région de Los Santos, le berceau des traditions panaméennes, un événement spectaculaire qui rassemble des femmes venues de tout le pays, vêtues de leurs plus belles pièces.

Une incroyable diversité de styles

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, il n’existe pas une pollera, mais une multitude. On recense aujourd’hui une trentaine de styles différents, qui varient selon les provinces, les traditions locales et les occasions.

Certaines polleras sont simples et légères, destinées aux danses folkloriques ou aux événements plus modestes. D’autres, au contraire, sont de véritables œuvres d’art : richement brodées, ornées de bijoux précieux, parfois transmises de génération en génération.

Par exemple, dans la Province de Los Santos (le cœur de la tradition pollera), on distingue plusieurs styles très précis :

  • La pollera de gala sans labor, souvent blanche, portée pour les mariages et les grandes célébrations.
  • Les polleras de gala avec labor, ornées de broderies complexes ou de motifs ombrés.
  • La pollera montuna, qui était utilisée pour les fêtes de village ou les activités rurales.

Chaque style obéit à des codes précis dans sa fabrication, ses couleurs, ses accessoires, et parfois même dans la manière de la porter.

Que signifie vraiment “pollera” ?

Le mot pollera ne désigne pas uniquement la robe. Il englobe l’ensemble de la tenue : le vêtement, bien sûr, mais aussi les bijoux, les accessoires et même la manière de les porter.

Les célèbres tembleques, ces ornements en perles placés dans les cheveux, font partie intégrante de la pollera, tout comme les bijoux en or. Chaque pièce a un rôle précis et doit être portée dans un ordre bien défini. Les connaisseurs y prêtent une attention particulière… et repèrent immédiatement la moindre erreur.

La pollera panaméenne se compose de deux éléments principaux :

  • la camisola, une chemise blanche ornée de broderies, avec ses volants (arandelas) et ses manches travaillées ;
  • le pollerón, une large jupe composée d’une ceinture (pretina), d’un corps et d’une falda ample décorée de différentes sections de tissu appelées sustos.

L’ensemble est complété par des zarcillos (boucles d’oreilles), des colliers et bracelets en or, et parfois un sombrero selon le style de pollera.

L’or qui accompagne la pollera : une tradition à part entière

La magie de la pollera ne se limite pas au vêtement : la joaillerie qui l’accompagne est une œuvre d’art en soi. La tradition des bijoux — souvent en or de 10 K — est très ancienne et profondément ancrée dans l’artisanat panaméen.

Ce n’est pas tant la valeur du métal qui compte, mais la minutie du travail artisanal. Les orfèvres locaux consacrent des heures à façonner des pièces délicates comme :

  • les zarcillos dormilonas, des boucles d’oreilles mouvantes qui captent la lumière
  • les mosquetas, petits ornements en forme de fleur
  • les rosarios intégrés au bijou du cou, parfois avec des perles ou des pierres semi-précieuses

Même les peinetas (les peignes décoratifs qui ornent les coiffures) sont traditionnellement fabriqués en matériaux précieux, souvent avec des détails en filigrane, ce qui demande un savoir-faire exceptionnel.

Ce travail artisanal se transmet de génération en génération, pas dans des écoles formelles, mais à travers l’observation et l’apprentissage familial.

Un costume qui se vit

Confectionner une pollera demande du temps, de la patience et beaucoup de savoir-faire : certains modèles les plus élaborés prennent près d’un an à réaliser, pièce par pièce. Et comme chaque pollera est faite sur mesure, aucune n’est identique à une autre. La robe devient alors un reflet de la personnalité de celle qui la porte, tout autant qu’un symbole de son attachement à la culture panaméenne.

Aller plus loin, au cœur de la tradition

Pour celles et ceux qui souhaitent aller au-delà de la lecture et vivre la pollera de l’intérieur, Terra Panama propose d’organiser des ateliers immersifs à Las Tablas, véritable berceau de cette tradition. Sur place, les acteurs de la pollera — brodeuses, artisans, créateurs de tembleques et connaisseurs des bijoux — partagent chacun leur savoir-faire et leur vision. Chacun vient avec ses gestes, son expérience et son histoire, pour plonger le visiteur au cœur de l’action, mais aussi de la réflexion et de la patience qui se cachent derrière près d’un an de conception. Une rencontre humaine et culturelle unique, pour comprendre la pollera non seulement comme un costume, mais comme un patrimoine vivant.

En bref, vous l’aurez compris, la pollera, ce n’est pas seulement un costume. C’est une tradition vivante, un patrimoine culturel tissé de motifs, de couleurs, d’histoires familiales et de savoir-faire artisanal. C’est aussi une manière de célébrer l’identité panaméenne dans toute sa richesse et sa diversité, de Las Tablas à chaque village qui perpétue cette danse de fils et d’or.