Au Panama, le Sombrero Pintao est bien plus qu’un simple accessoire de mode. Il incarne un savoir-faire ancestral, transmis avec fierté de génération en génération. Entièrement façonné à la main, ce chapeau traditionnel fait partie intégrante de l’identité culturelle du pays. On le croise partout : dans les villes, à la campagne, sur les marchés, et bien sûr lors des fêtes et célébrations populaires où il occupe une place d’honneur. Il ne faut d’ailleurs pas le confondre avec le célèbre « chapeau panama », qui, malgré son nom, est en réalité fabriqué en Équateur.
L’origine du Sombrero Pintao
À l’origine, le Sombrero Pintao était porté par les paysans et les éleveurs (les campesinos) pour se protéger du soleil dans les champs. Le chapeau n’est donc pas né comme objet décoratif, mais comme outil de survie quotidienne.
Les fibres locales notamment le junco et la bellota étaient abondantes et faciles à travailler. Les techniques de tressage s’inscrivent dans une continuité des savoir-faire préhispaniques, que les populations indigènes maîtrisaient déjà bien avant l’arrivée des colons.
Au 19e siècle, le Panama forge progressivement son identité nationale. Le paysan d’Azuero, avec sa chemise blanche, son pantalon simple et son sombrero, devient une figure emblématique du folklore national. Très vite, il est devenu un symbole d’identité culturelle, notamment lors des fêtes folkloriques, des danses traditionnelles comme la mejorana, et des célébrations nationales.
Quant à son nom, le Sombrero Pintao révèle à lui seul l’essence de ce chapeau emblématique. Le mot “sombrero” vient de l’espagnol sombra, qui signifie “ombre” : il désigne donc littéralement un objet destiné à protéger du soleil. Quant au terme “pintao”, il s’agit d’une forme populaire de pintado (“peint”).
Comment reconnaître un Sombrero Pintao de qualité ?
Le Sombrero Pintao témoigne d’un savoir-faire ancestral transmis de génération en génération, où chaque étape de fabrication exige patience, précision et maîtrise technique.
Les artisans commencent par récolter et préparer les fibres naturelles de junco et de bellota, puis les ramollissent pour les rendre flexibles. Ils tressent ensuite la calotte du chapeau en spirale, en intégrant des motifs géométriques, chaque tour formant une « vuelta » visible. La bordure est façonnée pour allier esthétique et fonctionnalité, puis une inspection finale assure la régularité, le confort et la beauté du produit. Le processus peut durer de quelques jours à plusieurs semaines, transformant le chapeau en une œuvre d’art.
La qualité d’un Sombrero Pintao se mesure par le nombre de « vueltas », ces anneaux concentriques visibles sur la calotte. Les modèles simples en comptent entre 15 et 18, les intermédiaires entre 19 et 21, et les plus prestigieux, avec un tressage fin et souple, peuvent dépasser 30 vueltas, faisant de ce chapeau un véritable chef-d’œuvre artisanal.
Tissé de symboles : les couleurs du Sombrero Pintao
L’esthétique du Sombrero Pintao se distingue par ses couleurs vives et ses motifs peints à la main, qui varient selon les traditions locales et reflètent la richesse culturelle de chaque communauté. Ces motifs incluent des formes géométriques, des dessins en zigzag, des éléments floraux et animaliers, souvent inspirés de la nature. Le rouge, le bleu et le jaune ne sont pas choisis au hasard : le rouge symbolise la vitalité, le bleu la tranquillité et le jaune la lumière.
Certains motifs sont devenus emblématiques et permettent d’identifier la région d’origine, notamment dans la région de Coclé, berceau de ce savoir-faire unique. Le style de peinture, alliant tradition et influences modernes, varie légèrement selon les régions, ce qui confère à chaque chapeau une touche unique. Les spirales ou formes géométriques représentent l’harmonie et le cycle de la vie, tandis que les motifs animaliers ajoutent des détails personnels et symboliques.
Les régions de La Pintada, Herrera et Los Santos produisent les modèles les plus emblématiques, chacun avec des variations dans les motifs, les contrastes ou le tressage, qui reflètent les particularités artisanales de chaque zone. Malgré ces différences, tous les Sombreros Pintao partagent un design classique et reconnaissable, représentant l’identité et le savoir-faire panaméen.
Le Sombrero Pintao classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO
Dans une démarche de préservation de son patrimoine culturel, le Panama a adopté la loi 41 du 19 avril 2011, instituant chaque 19 octobre comme Journée civique dédiée au Sombrero Pintao et reconnaissant La Pintada comme le berceau de cette tradition artisanale. Par la suite, le chapeau a été officiellement déclaré patrimoine culturel national. En 2017, le tressage traditionnel du Sombrero Pintao a également été inscrit sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, renforçant ainsi sa protection et sa reconnaissance à l’échelle internationale.
Cette distinction a favorisé la mise en place de la Route du Chapeau Pintao, un parcours culturel situé principalement dans la province de Coclé, notamment dans les villages de La Pintada et El Valle de Antón. Les visiteurs peuvent y découvrir les différentes étapes de fabrication du chapeau, du tressage des fibres naturelles à la réalisation des motifs géométriques, tout en échangeant avec les artisans qui perpétuent ce savoir-faire ancestral. Au-delà de la valorisation culturelle, cette initiative soutient l’économie locale, encourage la transmission des traditions et participe au développement d’un tourisme durable ancré dans l’identité panaméenne.
Le saviez-vous ?
Lors de sa visite en 1906, pendant la construction du Canal de Panama, le président américain Theodore Roosevelt porta un chapeau qui allait devenir légendaire. Ce chapeau, désormais connu sous le nom de Panama Hat, est devenu un symbole mondial, mais il est important de souligner qu’il n’a en réalité aucune origine panaméenne. Fabriqué en Équateur à partir de feuilles de palmier toquilla, le Panama Hat n’est pas le chapeau traditionnel du Panama, mais un produit d’exportation emblématique.
Aujourd’hui, le Sombrero Pintao ne se limite plus à un simple chapeau traditionnel. Il est devenu une source de revenus importante pour de nombreuses familles rurales, une activité transmise de génération en génération, et un véritable produit emblématique du tourisme culturel au Panama. Ce chapeau incarne plusieurs dimensions qui expliquent son développement et sa pérennité : son utilité au quotidien, son esthétique raffinée, son rôle dans l’identité nationale, la transmission familiale de ce savoir-faire et enfin, sa fierté culturelle.







