Bienvenue dans la péninsule d’Azuero, considérée comme le cœur des traditions panaméennes. Les Panaméens l’appellent d’ailleurs Corazón de Panamá. Cette appellation n’est pas anodine : la région fut la première occupée par des populations humaines il y a environ 10 000 ans, bien avant l’arrivée des colonisateurs espagnols.
C’est de cette terre que rayonne le Panama originel, celui de l’époque coloniale et des traditions rurales. Dans les provinces de Herrera et Los Santos, les fêtes populaires, les danses, les masques et les polleras font partie du quotidien. Y être pendant le carnaval, c’est vivre une expérience bien panaméenne.
Entre villages, artisanat, fêtes populaires et côtes sauvages encore préservées, Azuero révèle une autre facette du pays, plus intime.
Herrera : histoire et artisanat.
On arrive souvent sur la péninsule d’Azuero par Chitré, à environ 3h30 de route de Panama City. Cette ville calme n’est pas forcément un lieu où s’attarder longtemps, mais un arrêt intéressant s’impose dans l’ancienne poste, aujourd’hui transformée en musée régional (Musée Herrera). On y découvre l’histoire de la péninsule à travers des objets du quotidien, des instruments, des photos et plusieurs éléments liés aux traditions locales. C’est un bon point d’entrée pour comprendre ce qui fait l’identité culturelle d’Azuero.
Avant d’arriver à Chitré, un détour possible mène au Parc national de Sarigua. Seule zone désertique du Panama, elle s’étend sur 80 km carrés avec un paysage singulier, presque lunaire, qui contraste fortement avec les collines vertes de la région. Cette zone était autrefois une forêt tropicale qui s’est progressivement asséchée suite à des changements climatiques et à la déforestation précolombienne. Des vestiges archéologiques datant de 11 000 ans y ont été découverts, témoignant d’une occupation humaine très ancienne.
En continuant la route vers le sud, on traverse le village de La Arena, connu depuis longtemps pour ses ateliers de poteries. Les artisans vendent leurs œuvres au bord de la route, et il est très facile de s’arrêter, regarder et acheter directement sur place.
Les techniques de céramique utilisées ici sont héritées des traditions précolombiennes.
Mais La Arena est aussi célèbre pour son pain traditionnel, appelé el pan de La Arena. Un pain légèrement sucré, cuit au feu de bois, que l’on trouve dans les boulangeries du village.
Puis, au détour d’un virage, Parita. Petit village à l’architecture coloniale, il abrite l’église Santo Domingo de Guzmán, construite au XVIIIe siècle. L’intérieur surprend par la richesse de ses autels dorés, préservés avec beaucoup de soin. On entre souvent pour quelques minutes, et on reste plus longtemps que prévu, dans le calme frais du bâtiment.
Los Santos : terre des traditions.
En continuant vers le sud, nous quittons la province de Herrera pour entrer dans celle de Los Santos. Ici, la fête n’est pas seulement un moment de l’année, c’est une façon de vivre. La musique, les danses, les costumes et les récits se transmettent encore dans la rue, autour des places et des maisons ouvertes.
À Las Tablas, le carnaval est une histoire que tout le monde peut raconter, même hors saison. Les habitants parlent encore des rivalités amicales entre Calle Arriba et Calle Abajo, qui divisent littéralement la ville depuis 1906, des fanfares, des chars et des défilés. On n’a pas besoin d’être là en février pour sentir l’énergie.
Un peu avant, le village de Guararé mérite un arrêt, surtout si vous voyagez en septembre. C’est ici que se tient la Fiesta de la Mejorana (généralement du 20 au 29 septembre), l’un des festivals folkloriques les plus importants du pays. Pendant plusieurs jours, musiciens, danseurs et habitants se rassemblent en tenue traditionnelle pour célébrer les traditions rurales. Ce festival existe depuis 1949 et porte le nom de la mejorana, petite guitare à cinq cordes typique de la région. Au programme : chants, tambours, danses de cumbia, punto et tamborito, défilés de chars, concours de musiciens et couronnement de la reine du festival.
Au cœur de toutes ces célébrations, il y a la Pollera. Cette tenue traditionnelle, d’origine andalouse adaptée au climat tropical panaméen, fait partie des costumes artisanaux les plus élaborés au monde. Une robe complète nécessite entre 6 mois et 2 ans de confection manuelle, jusqu’à 13 mètres de tissu fin, et des milliers de points de broderie. Le coût varie entre 1 500 et 15 000 dollars selon la complexité des ornements. Il existe en réalité 8 variations de pollera selon l’occasion et le budget.
Les broderies suivent des motifs codifiés transmis de génération en génération : fleurs, oiseaux, motifs géométriques. Les femmes complètent la tenue avec des tembleques, ornements de cheveux faits de perles et de fil métallique qui « tremblent » au mouvement de la danse. En 2022, l’UNESCO a inscrit la pollera sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel, reconnaissance de son importance pour le Panama.
Quand on la voit portée lors d’une fête ou d’un défilé, on comprend pourquoi elle est considérée comme un trésor national. Elle raconte l’histoire des femmes, des familles, des fêtes et du territoire tout entier.
Chez Terra Panama, nous travaillons avec les acteurs locaux de ce savoir-faire et pouvons organiser des visites d’ateliers pour observer les artisanes au travail.
Los Santos : une côte sauvage et de petits villages de bord de mer.
En descendant vers le sud de la péninsule, la côte devient plus sauvage et plus ouverte. Ici, les villages se succèdent doucement.
Pedasí est un petit village de pêcheurs qui a conservé une ambiance simple et tranquille. C’est aussi le point de départ pour Isla Iguana, une réserve naturelle située à environ 8 km au large (20 à 30 minutes en bateau depuis Playa Arenal). Déclarée refuge de faune sauvage en 1981, l’île protège l’un des plus vastes récifs coralliens du golfe de Panama (40 hectares abritant 17 espèces de coraux et plus de 347 espèces de poissons). C’est la plus grande zone de nidification de frégates du Panama, avec des milliers d’oiseaux présents toute l’année. Les bateaux coûtent environ 70 dollars aller-retour (prix fixe pour le bateau, à partager entre passagers), plus un droit d’entrée de 10 dollars pour les étrangers. L’île se visite généralement sur une journée complète. En saison (avril à septembre), cinq espèces de tortues marines viennent y pondre.
À environ 40 minutes de route, Playa Venao s’étend dans une grande baie réputée pour le surf et la fête. L’ambiance y est plus dynamique : cafés, auberges, écoles de surf, soirées face à la mer. Les vagues conviennent à tous les niveaux, avec des breaks se formant dans les deux directions. Ceux qui préfèrent le calme pourront explorer les plages voisines, souvent moins fréquentées.
En continuant, la route mène jusqu’à Cambutal. Le village se mérite – comptez environ 1h30 depuis Pedasí sur une piste en mauvais état – mais l’atmosphère change complètement. En saison (juillet à octobre), c’est aussi un bon endroit pour observer les baleines à bosse qui viennent se reproduire dans les eaux du Pacifique panaméen.
Enfin, Isla Cañas est connue pour ses mangroves et pour être l’un des principaux sites de ponte de tortues marines du Pacifique panaméen. Entre juillet et janvier, jusqu’à cinq espèces (tortues olivâtres, vertes du Pacifique, caouannes, luths et imbriquées) viennent déposer leurs œufs sur les 14 kilomètres de plages. Les visites de nuit se font avec des guides locaux, dans le respect des animaux, pour assister à ce moment sans les déranger. L’île, déclarée refuge de faune et flore en 1994, dispose de quelques hébergements écologiques et reste très sauvage.
L’intérieur de la Péninsule est une zone très peu voir pas du tout développée. Azuero est une région qui se découvre doucement. Entre artisanat, fêtes populaires et plages, on y ressent une culture vivante et profondément ancrée. Ici, traditions et quotidien se mêlent naturellement. On touche au Panama authentique.







